Un livre-enquête de la journaliste Nassira El Moaddem (Stock, 2026) met au jour la gestion problématique de la ville du Blanc-Mesnil (93). Une ville qui, en 2020, a accordé une subvention généreuse à une association créée par Sarah Knafo, aujourd'hui candidate Reconquête à la mairie de Paris, dont le passage récent sur la chaîne Thinkerview, où elle se moque de l'utilisation de l'argent public, interroge.
Avant de mourir, Philippe Muray a écrit un texte qui a fait date sur "le sourire de Ségolène Royal". Aujourd'hui, vingt ans plus tard, on pourrait le transposer mot pour mot à celui de Sarah Knafo :
"On tourne autour, on cherche derrière, il n’y a plus personne, il n’y a jamais eu personne. Il n’y a que ce sourire qui boit du petit-lait, très au-dessus des affaires du temps, indivisé en lui-même, autosuffisant, autosatisfait, imprononçable comme Dieu, mais vers qui tous se pressent et se presseront de plus en plus comme vers la fin suprême."
Récemment, Sarah Knafo a de nouveau gratifié la France de ce sourire contrefait, lequel me fait invariablement penser aux personnages de Wallace et Gromit, sur la chaîne confusionniste Thinkerview. Le nez dans ses fiches comme la petite énarque qu'elle est, l'eurodéputée Reconquête s'y gaussait de certaines subventions de la ville de Paris à des associations : 2500€ pour de la médiation animale avec des enfants par-ci, 1500€ pour des cours de gymnastique à des séniors LGBT par là...
Un véritable scandale républicain qui la fait conclure d'un air grave :
"Est-ce que dans cette ville-là, on a de l'argent à gaspiller ? Ne serait-ce que 3000€. Est-ce que vous ne préfèreriez pas que ces 3000€ servent à augmenter le salaire d'une professionnelle de la petite enfance, par exemple ?"
Et l'autre dindon, qui se fait surnommer "Sly", la laisse vomir sa farce sur son propre fauteuil sans rien trouver à redire. Or, si "Sly" avait bien voulu asticoter son invitée, pour lui défiger le sourire, peut-être aurait-il pu évoquer, par exemple, la mystérieuse association de Sarah Knafo, "Alexandre & Aristote" ? En effet, dans une enquête haletante publiée chez Stock, la journaliste Nassira El Moadem nous apprend au détour d'un chapitre que "Alexandre & Aristote", censée "promouvoir la lecture auprès des jeunes des quartiers populaires", aurait touché 20 000€ de subvention de la ville du Blanc-Mesnil, sans que personne ne sache où est passé l'argent.

Aussi, on se demande avec Nassira El Moaddem pourquoi avoir demandé une subvention au Blanc-Mesnil, ville pauvre du 93, alors que le siège de "Alexandre & Aristote" était situé à Saint-Germain-des-Près, où vit Knafo, et que cette dernière n'a aucun lien personnel ou professionnel avec la ville.
On se demande encore pourquoi le Blanc-Mesnil, dirigé par le maire de droite Thierry Meignen (LR proche du RN, ce qui devient un pléonasme), a complaisamment arrosé Knafo d'argent public, alors que l'association, tout juste créée en 2020, n'avait aucun rapport d'activité ni aucun bilan comptable à présenter. Le Blanc-Mesnil, dont aucun acteur culturel ou éducatif de la ville n'a connaissance d'une activité réelle de "Alexandre & Aristote".
L'enquête de Nassira El Moaddem montre d'ailleurs que, outre ces 20 000€, il faut ajouter 18 000€ d'achats de livres (de Zemmour, de Villiers ou de Jacques Bainville, un historien nationaliste, que des livres prisés par la jeunesse de banlieue, comme chacun sait) imposés par la mairie à la médiathèque municipale, bien embarrassée par ces arrivages non sollicités.
Il faudra attendre cinq ans après la création de l'association fantôme, soit 2025, pour que la généreuse subvention soit enfin remboursée à la ville, pile au moment - heureux hasard du calendrier - où la journaliste Nassira El Moaddem s'apprêtait à publier son enquête, dont un chapitre entier était consacré à cet argent (en)volé.
Mais d'ailleurs, pourquoi 20 000€ et pas 25 000 ou 30 000, tant qu'on y est ? Pour une raison simple, parfaitement connue de cette ancienne Cour-des-comptesse : au-delà de 23 000€, une association a l'obligation de rendre compte publiquement de l'utilisation d'une subvention.
Alors, avant de se gausser sur une chaîne Youtube "étonnamment" complaisante, Sarah Knafo ne devrait-elle pas plutôt expliquer comment a été "gaspillé" cet argent public si précieux pour la ville du Blanc-Mesnil ? Dans la campagne présidentielle de Zemmour, comme Nassira El Moaddem le soupçonne ? Nous laisserons à chacun le soin de faire des conjectures.
En attendant, les "professionnelles de la petite enfance" du Blanc-Mesnil seront ravies d'apprendre qu'une augmentation de salaire est proche, maintenant que l'argent coule à flot. Elles en ont sans doute bien besoin.
Le livre-enquête de Nassira El Moaddem, journaliste à Arrêt sur Images (entre autres) a été publié chez Stock en février 2026 sous le titre : "Main basse sur la ville / Enquête au Blanc-Mesnil, territoire trahi de la République".