Faute d'audience, voilà que Cnews, cette sous-Fox News pour boomers attardés, se convertit en centre de formation pour le service public de l'information, à un an de l'élection présidentielle la plus importante (et peut-être la dernière ?) de l'histoire de la Ve République.
Nous pensions toucher le fond, mes amis, alors que nous n'avons même pas encore mis la tête sous l'eau.
Avec le rachat de la plus ancienne école de journalisme au monde, l'ESJ Paris, par un consortium d'oligarques regroupant Bolloré, Arnault, Saadé et Dassault, nous n'avons pas fini de nous coltiner des bataillons de têtes de poulpes morts sur toutes les antennes, du même acabit qu'un Nathan Devers, qui est à la pensée ce que je suis à l'histoire de la littérature, ou son acolyte Paul Melun, esprit aussi brillant que la ville du même nom.
Outre le débauchage (la débauche ? je ne sais plus) de Bastié pour l'emission L'heure de vérité, présentée par Caroline Roux en vue de l'élection présidentielle de 2027, le système médiatique atteint un tel niveau de dégénérescence que plus personne ne s'étonnerait de voir Pascal Praud remplacer Léa Salamé au JT de France 2 (qui verrait la différence ?), Erik Tégner remplacer Patrick Cohen à la table de C à vous, ou Morandini remplacer Elise Lucet à Complément d'enquête.
Quelques données concrètes pour illustrer la chute.
Le "Baromètre social 2026" des Assises du journalisme nous apprend que, mis à part de rares exceptions comme Le Monde (qui continue d'embaucher), Mediapart (aucune subvention, aucune publicité, et rentable) ou le Canard enchaîné (assis sur un pactole bien gardé), les médias papier, télé et numérique préparent des plans de licenciements massifs, faute de modèle économique viable, dans un contexte de baisse des revenus publicitaires, d'ubérisation du journalisme via des "agences de contenu", et de déploiement de l'IA.
Même le Figaro se sépare de 30 journalistes malgré un bilan économique satisfaisant (grâce, notamment, aux 10 millions d'euros d'aides publiques reçues chaque année. Merci qui, Eugénie ?)
Partout ailleurs, la catastrophe sociale se profile.
A l'AFP, 50 à 70 départ à la retraite ne seront pas remplacés. On annonce une division par trois des collaborateurs expatriés, passant de 270 à 80 personnes. Selon un audit récent, un quart des journalistes de l'AFP présente un risque de burn-out.
Le Parisien, propriété de l'oligarque Bernard Arnault, déclare "ne pas trouver de modèle économique et fait face à de lourdes pertes" (30 millions d'euros de pertes en 2024, pour 1,7 millions d'euros d'aides publiques). Plusieurs dizaines de postes sont supprimés dans le groupe Les Echos - Le Parisien. Heureusement que les milliardaires créent de l'emploi !
Chez Prisma Media, propriété de l'oligarque Bolloré, c'est l'hécatombe. Pour 2026, un "plan social pour l'emploi" (qu'on appelait "licenciements" à l'époque où le journalisme n'était pas remplacé par la communication) prévoit une suppression de 261 postes, dont 90 journalistes.
Chez Marianne, qui se la joue souveraino-populiste tout en appartenant à un oligarque tchèque, Daniel Krétinski, et qui passe son temps à pisser sur la gauche tout en déclarant, par la voix de son nouveau directeur Frédéric Taddei : "Moi je bénis tous les jours les milliardaires", c'est la crise de toute part. Motion de défiance contre la rédactrice en chef Eve Szeftel, clause de conscience de 25 journalistes sur 55 suite au changement de direction, à quoi s’ajoute le départ de 12 pigistes réguliers, dont 4 dessinateurs.

Bonus concernant Marianne : pendant que les journalistes pointeront au chômage, vous pourrez bientôt participer, pour la modique somme de 2700€ par personne, à un "voyage d'exception au fil du Rhin", et "bénéficier d'échanges intellectuels privilégiés" avec la direction de Marianne, Frédéric Taddei, Eve Szeftel ou Hadrien Mathoux (rédac chef adjoint) qui vous expliqueront lors de cette croisière de luxe, entre deux cocktails sur le rooftop du MS-Schmitter, à quel point LFI est un danger pour la République.

Chez le Point, torchon libéral bourré de pubs pour des produits de luxe, propriété du milliardaire François Pinault tout en étant arrosé d'argent public (2,4 millions d'€ d'assistanat en 2024), et alors que Franz-Olivier Giesbert sort un livre intitulé : "La France est-elle un pays communiste ?" (mdr), un "plan de sauvegarde de l’emploi" (re-mdr) prévoit 24 suppressions de postes, auxquelles s'ajoutent 30 licenciements dans le secteur correction – révision (merci l'IA ?).
Répondons tout de même à la question de Franz-O : si la France était un pays communiste, les moyens de production du Point seraient détenus par l'Etat, ou par les journalistes du Point eux-mêmes, selon un modèle autogestionnaire, pendant que FOG et Pinault se casseraient le dos à ramasser des fraises au fin fond de la Dordogne, pour les rééduquer à la pénibilité du travail. Donc il y a de la marge.
Dans ce contexte, l'hebdo libéral annonce "donner la priorité à l’enquête et au reportage". Note : si lesdites "enquêtes" sont confiées à Nora Bussigny, désormais connue pour son absence totale de déontologie, nous pouvons légitimement présager que l'avenir du Point s'assombrit (tant mieux ?)
Ce ne sont que quelques exemples, car faire la liste complète de tous les licenciements serait interminable, notamment dans la presse locale.
Mais ce qui est tristement comique, c'est que ce sont toujours ceux qui vous envoient au chômage qui vous expliquent ensuite à longueur d'antenne que les gens ne veulent plus travailler. Ce sont ceux qui empochent des millions / milliards d'aides publiques qui crachent sur les pauvres en les traitant d'assistés.
Et ce sont ceux, comme Eugénie Bastié, qui se font embaucher sur le service public à prix d'or, qui vous expliqueront désormais sur ce même service public que le service public coûte un pognon de dingue.
C'est sur ces décombres que, dans un an, la gauche devra tout reconstruire.